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Comprendre > Approfondir > Astéroïdes et comètes III

ASTEROIDES, COMETES ET METEORITES: 

UN DANGER POUR LA TERRE? 



Nous venons d'étudier trois types d'objets célestes, les astéroïdes, les comètes et les météorites qui présentent une caractéristique commune: leurs orbites peuvent croiser celle de la Terre. En particulier, les astéroïdes dont l'orbite croise celle de la Terre ont été répertoriés dans une catégorie dite des astéroïdes géocroiseurs. Cependant, la liste de ces corps s'allongent de jour en jour. De plus en plus souvent, les médias annoncent que nous venons d'échapper à un cataclysme, un astéroïde venant de nous frôler. Qu'en est-il? Y-a-t-il un danger pour les habitants de la Terre? Nous nous proposons de répondre à ces questions. 

Les familles de géocroiseurs

 

Les objets géocroiseurs sont surtout des astéroïdes, mais il faut aussi y inclure les comètes à courte période qui ont aussi des orbites croisant celle de la Terre. Les comètes, plus petites et moins denses, sont, de plus, génératrices de météorites de petites tailles qui elles-aussi peuvent croiser la Terre sur son orbite.

Les objets proches de la Terre se répartissent en 6 catégories décrites dans le tableau ci-après. Dans ce tableau, on a noté q la distance au périhélie en unités astronomiques, P la période orbitale en années, a le demi-grand axe de l'orbite et Q la distance à l'aphélie en unités astronomiques (UA).



  
Groupe Description Définition
NEC Comètes proches  (Near-Earth Comets) q<1.3 UA, P<200 années
NEA Astéroïdes proches (Near-Earth Asteroids) q<1.3 UA
Aten NEA géocroiseurs dont le demi-grand axe est plus petit que celui de la Terre  (du nom de l'astéroïde 2062 Aten). a<1.0 UA, Q>0.983 UA
Apollo NEA géocroiseurs dont le demi-grand axe est plus grand que celui de la Terre  (du nom de l'astéroïde 1862 Apollo). a>1.0 UA, q<1.017 UA
Amor NEA dont l'orbite est extérieure à celle de la Terre et intérieure à celle de Mars  (du nom de l'astéroïde 1221 Amor). a>1.0 UA, 1.017<q<1.3 UA
PHA Astéroïdes potentiellement dangereux (Potentially Hazardous Asteriods): NEA dont la distance minimale d'intersection avec la Terre (DMIT) est inférieure à  0.05 UA et dont la magnitude absolue est inférieure ou égale à 22. DMIT<=0.05 UA, H<=22.0

La profusion d'objets géocroiseurs ou proches de la Terre est une découverte récente due à l'augmentation de la puissance des télescopes. 

La table ci-dessous montre le nombre de ces objets connus à différentes dates jusqu'à nos jours et ainsi le rythme des découvertes. 



  
Date NEC     NEA     Aten     Apollo     Amor     PHA     PHA<18     NEC+NEA    
2022-01-15 117 27957 2198 14200 11558 2251 160 28074
2020-12-10     1885 12376 10273 2159
2019-12-10     1393 10835 9093 2026
2018-12-05     1415 9589 8132 1949 19169
2017-11-16     1051 7251 6195 1859 17146
2014-01-10     817 5245 4445 1446
2013-02-25     766 4816 4062 1379 179 9618
2012-01-01     683 4190 3538 1272  
2011-01-01     633 3834 3183 1189   7650
2009-01-01 167 5867 491 2891 2475 988 165 6034
2008-01-01   5055 434 2469 2152 890 161  
2007-01-01   4392 366 2203 1823 806 157  
2006-01-01   3753 317 1888 1548 721 154  
2005-01-01   3135 261 1574 1288 623 143  
2004-01-01   2603 205 1286 1102 534 129  
2003-01-01   2164 169 1071 919 450 119  
2002-01-01 44 1679 126 838 715 360 105 1723
2001-01-01 40 1239 96 620 523 283 84 1279
2000-01-01 39 878 58 452 368 210 70 917
1999-01-01 38 651 46 335 270 161 56 689
1998-01-01 38 447 27 233 187 107 48 485
1997-01-01 38 393 23 203 167 96 43 431
1996-01-01 38 347 21 175 151 85 41 385
1995-01-01 38 315 20 161 134 82 40 353
1994-01-01 36 271 16 140 115 69 35 307
1993-01-01 36 231 14 117 100 62 32 267
1992-01-01 36 199 12 103 84 60 30 235
1991-01-01 34 159 10 76 73 50 26 193
1990-01-01 34 134 9 63 62 43 22 168
1980-01-01 31 53 4 27 22 18 13 84
1970-01-01 29 28 1 13 14 11 8 57
1960-01-01 28 21 1 10 10 9 7 49
1950-01-01 28 13 0 7 6 5 4 41
1940-01-01 24 9 0 3 6 3 2 33
1930-01-01 23 5 0 0 5 0 0 28
1920-01-01 21 3 0 0 3 0 0 24
1910-01-01 19 1 0 0 1 0 0 20
1900-01-01 17 1 0 0 1 0 0 18
Note:  "PHA<18" correspondent aux PHA dont la magnitude absolue est inférieure à 18, c'est-à-dire dont la taille est d'au moins un kilomètre. 

Crédit: CNEOS/JPL/NASA
Nombre cumulé des astéroïdes géocroiseurs (NEA) en fonction du temps.


 

Les comètes et les météorites

 

Les comètes ont des orbites très excentriques et sont très sensibles aux perturbations par les planètes. Elles heurtent donc souvent celles-ci (voir par exemple la chute de la comète SL9 sur Jupiter ou les chutes de comètes sur le Soleil observées par le satellite SOHO. Plus petites, les comètes ont une cohésion gravitationnelle très faible et se cassent souvent en morceaux. Elles éjectent aussi de nombreuses particules de toutes tailles dont certaines finissent par tomber sur la Terre: ce sont les étoiles filantes et les météorites. Tous les jours, une centaine de tonnes de ces particules tombent sur Terre, mais, la plupart du temps l'atmosphère nous protège. On va voir que ce n'est pas le cas pour les météorites de grosse taille. 

La vie provient-elle de l'espace?

 

La vie sur Terre semble être apparue grâce à la présence d'eau, de molécules organiques construites à partir d'atomes de carbone et d'une source d'énergie. La présence de telles molécules et d'eau sur les corps du système solaire géocroiseurs peut laisser penser que la vie pourrait être d'origine extra-terrestre. 
Au moment de sa formation, la Terre était bombardée par une multitude d'objets géocroiseurs, astéroides et comètes, qui ont participé à son augmentation de taille. Ce phénomène se déroulait il y a environ 4 milliards d'années sur une Terre trop chaude pour que la vie apparaisse. Lorsque la Terre s'est refroidie et que le bombardement a diminué, les conditions de développement de la vie sont apparues. Une hypothèse est que les premières molécules à la base de ce développement auraient pû arriver alors très rapidement sur Terre grâce à la chute d'une comète qui contenant déjà ces molécules, évitant ainsi un long processus d'apparition de ces molécules à la surface de la Terre d'une manière autonome. 

Les géocroiseurs potentiellement dangereux: lesquels et combien?

 

Les géocroiseurs potentiellement dangereux (astéroïdes ou comètes) sont donc bien ceux dont l'orbite croise celle de la Terre. Ils ne sont cependant vraiment dangereux que s'ils viennent heurter la surface du globe, c'est-à-dire s'ils ne sont pas arrêtés par notre atmosphère et transformés en étoiles filantes. Jusqu'à 50 mètres de diamètre, il y a beaucoup de chances qu'ils soient détruits par leur passage dans l'atmosphère terrestre -surtout pour les comètes, moins solides- en produisant un dégagement d'énergie jusquà l'équivalent d'une bombe de 5 mégatonnes qui exploserait dans la haute atmosphère. Au-delà de cette taille, l'objet atteindrait sûrement la Terre en provoquant des dégâts. Ces dégâts resteraient limités jusqu'à une taille d'objet de l'ordre du kilomètre, taille à partir de laquelle les conséquences toucheraient l'ensemble de la planète. Un corps de 2 kilomètres de diamètre provoquerait une explosion équivalente à une bombe d'un million de mégatonnes et un corps de 15 kilomètres à une bombe de 100 millions de mégatonnes. Dans ce dernier cas, la plupart des espèces vivantes disparaîtraient. Il vaut mieux ne pas imaginer la collision avec un corps encore plus gros... 

Le tableau précédent donne le nombre de tels objets découverts à ce jour. Les astronomes pensent qu'il y a plus de 1000 objets plus grands qu'un kilomètre (jusqu'à une taille de 25 kilomètres) et peut-être un million d'objets géocroiseurs dont le diamètre dépasse 50 mètres. 

On consultera les tableaux donnant les dates des passages proches prévus ou passés pour les astéroïdes et les comètes. Un tableau donne la correspondance entre la magnitude absolue et la taille de l'objet

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Les précédentes collisions: le cas du "Meteor Crater" en Arizona

 

Le risque de collisions des objets géocroiseurs avec la Terre a amené les scientifiques à se demander si de telles collisions avaient déjà eu lieu. On connaissait la chute de météorites, mais, jusqu'au début du XXème siècle, on n'imaginait pas de collisions catastrophiques. Le site du Meteor Crater en Arizona n'était pas alors interprêté comme un cratère d'impact, à l'instar des cratères lunaires. En 1891, la controverse battait son plein: le Meteor Crater était-il d'origine volcanique ou bien avait-il été causé par la chute d'une gigantesque météorite? D'autres météorites de plusieurs tonnes avaient été découvertes, mais, freinées par l'atmosphère terrestre, elles n'avaient pas formé de cratères. 

Il fallut attendre 1901 pour que la présence de petits morceaux de météorite ferreuse autour du cratère soit interprêtée comme la preuve du caractère météoritique du cratère. De plus, la présence de matériaux pulvérisés dans le cratère était la preuve qu'une énorme pression avait régné à cet endroit, l'absence de tout matériau volcanique dans ce site et la nature du quartz trouvé là ne pouvant provenir que d'une élévation forte de température, prouvait définitivement l'origine météoritique du cratère. 

Crédit: U.S. Army Air Service
Meteor Crater, Arizona, USA

Le Meteor Crater est en fait le cratère d'impact le mieux conservé à la surface de la Terre. Il mesure 1500 mètres de diamètre, 200 mètres de profondeur et est bordé de falaises de 50 mètres de haut. Sur une zone de plus de 10 kilomètres autour du cratère on a trouvé des morceaux de météorite ferreuse. La puissance dégagée lors de l'impact devait être de l'ordre de 3 à 4 mégatonnes. L'âge de ce cratère est d'environ 50 000 ans. 

Depuis, on a découvert d'autres cratères d'impact de toutes tailles, principalement dans les déserts car la pluie et la végétation font rapidement disparaître les petits cratères.

Crédit: Droits réservés
Un petit cratère dû à une grosse météorite d'une taille de l'ordre du mètre.

Les précédentes collisions: le cas de l'impact de la Tunguska

 

Le 30 juin 1908 à 7 heure 17 minutes, une énorme boule de feu visible de l'ouest de la Chine à la Russie centrale a traversé le ciel nocturne en faisant un bruit assourdissant. Une explosion de la puissance d'une bombe de 20 à 40 mégatonnes (mille fois la puissance de la bombe d'Hiroshima) a détruit plus de mille kilomètres carrés de forêt et a tué des hardes de rennes dans un lieu  nommé "Tunguska", en Sibérie. Une lueur orange a illuminé le ciel et a été vu depuis l'Europe occidentale. Peu après l'impact, une pluie noire de débris est tombée sur la région. L'endroit était si isolé, qu'aucun être humain n'a été tué. Les êtres humains les plus proches furent rendus sourds par la puissance de l'explosion. A 70 kilomètres de là, dans la ville de Vanavara, les habitations furent très endommagées et les habitants projetés dans les airs. Le bruit fut entendu jusqu'à 800 kilomètres. A Kansk, station du chemin de fer Trans-Sibérien située à 600 kilomètres, les voyageurs d'un train furent projetés hors de leur siège et le bruit de l'explosion leur fit croire à la fin du monde... Aucun scientifique n'est alors allé voir ce qui s'était passé, et la preuve du phénomène, outre les témoins directs, est une secousse similaire à celle d'un tremblement de terre enregistrée par le sismographe d'Irkoutsk, à plus de 1000 kilomètres de là. De nombreux sismographes dans le monde détectèrent également une secousse. 

Ce n'est qu'en 1921 qu'une expédition scientifique se rendit sur place pour tenter de localiser un cratère. Ni cratère, ni météorite ne furent trouvés, mais, après 6 ans de recherche, une vaste étendue de près de mille kilomètres carrés où tous les arbres avaient été couchés et curieusement débarrassés de leurs branches par le souffle fut localisée. Les témoins furent interrogés et de nombreuses explications virent le jour, depuis la chute d'un astéroïde, celle d'antimatière, jusquà l'explosion d'un vaisseau spatial extraterrestre. L'hypothèse d'une bombe nucléaire d'origine extraterrestre fut aussi avancée en 1946, mais l'absence de radiations infirma cette hypothèse par ailleurs très fantaisiste. En fait, on s'accorde aujourd'hui à penser -et cela est confirmé par les simulations sur ordinateur- qu'il s'agit d'un astéroïde de 60 mètres de diamètre pesant 100 000 tonnes qui s'est fragmenté dans l'atmosphère terrestre et a explosé à 7 kilomètres d'altitude environ du fait de son angle d'entrée dans l'atmosphère. Cet astéroïde devait être pierreux avec un peu de glace (une comète?) car un astéroïde métallique aurait atteint le sol. 

Une photo de la forêt sibérienne à 20 kilomètres de l'épicentre.

La disparition des dinosaures

 

L'existence du cratère d'impact de l'Arizona, ainsi que la catastrophe de la Tunguska a encouragé les chercheurs à localiser d'autres cratères d'impact. Les conditions géologiques et météorologiques terrestres ne permettent pas à ces cratères de rester apparents très longtemps. Le ravinement, les pluies, le vent, les mouvements de la croûte terrestre se conjuguent pour faire disparaître rapidement - au sens astronomique- les traces laissées par ces collisions. Malgré cela, on a identifié aujourd'hui environ 150 sites d'impacts sur Terre, ce qui laisse penser que ce sont des milliers d'impact qui ont eu lieu depuis que la vie est apparue. 

Ainsi, les taux élevés d'iridium, métal rare sur la Terre mais abondant dans les météorites, relevés dans les couches géologiques datant de la fin du crétacé, il y a 65 millions d'années, laissent penser qu'une chute de météorite géante aurait eu lieu. Le cratère d'impact a été localisé dans la péninsule du Yucatan (Amérique Centrale) et aurait été causé par un objet de plus de 10 kilomètres de diamètre.  Sa chute aurait entraîné la disparition de plus de 75% des espèces vivantes, et en particulier des dinosaures, du fait de la poussière qui a alors envahi l'atmosphère, interrompant le développement des végétaux et rompant ainsi la chaîne alimentaire de la plupart des espèces. Les mammifères, petites créatures alors peu développées et se contentant de peu, auraient survécu, débarrassés d'espèces concurrentes ayant jusque là entravé leur développement. Si les conséquences de la chute d'un tel corps ne sont que des hypothèses, la chute elle-même est un fait avéré. 

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Les effets des impacts: devons-nous avoir peur?

 

Nous venons de voir deux faits. Premièrement, des impacts ont eu lieu dans le passé et tous les jours des étoile filantes viennent nous rappeler que la Terre ne se meut pas dans un vide total. Deuxièmement, les observations montrent qu'il existe un grand nombre d'objets géocroiseurs susceptibles de venir frapper la Terre. Avant même que des conclusions sérieuses aient pu être tirées, toutes sortes de déductions ont été avancées, et, à chaque nouvelle observation de géocroiseurs nouveaux s'approchant de la Terre, les médias se plaisent à effrayer la population. Mieux, les films-catastrophes se sont emparés du sujet et mettent en scène des impacts catastrophiques, comme dans Armageddon ou Deep Impact, tournés en 1998. Notons cependant que le film Deep Impact reconstitue assez bien ce que serait la chute d'un gros géocroiseur sur Terre. Bien sûr, dans ces films, les héros s'envolent vers l'objet menaçant et tentent de le dévier de sa route, avec plus ou moins de succès. Nous reviendrons sur les possibilités qui s'offrent réellement à nous pour cela. 

Crédit: Droits réservés
Une image destinée à nous faire peur: le cratère de l'Arizona transposé sur New-York.

En fait, quel que soit le nombre d'objets géocroiseurs que l'on découvre, et quelles que soient leurs orbites, les probabilités d'impact avec la Terre ne vont pas augmenter et vont rester telles qu'avant nos observations. Le fait nouveau est que nous sommes désormais capables d'identifier les objets dangereux et que nous souhaitons nous en défendre. Ainsi, les probabilités d'impact sont: -très faibles pour les très gros objets (le dernier date de 65 millions d'années); -faibles pour les objets de plus petite taille (quelques dizaines de mètres de diamètre) ne causant que des dégats locaux mais non négligeables (Meteor Crater, Tunguska); -élevées pour les petits cailloux touchant le sol, mais ne causant que des dégâts négligeables (et aucun décès humain à ce jour). Ce sont donc contre les objets du type "Tunguska" que nous devons trouver une parade. On peut dire aussi que la probabilité de décès accidentel pour un humain est très grande pour tous les types de risques de la vie courante (accident de la circulation, accidents domestiques, ...), grande pour les risques dus aux catastrophes naturelles terrestres (tempêtes, cyclones, tremblements de terre, inondations, éruptions volcaniques) et faible pour les risques d'impact de géocroiseurs. Bien sûr, la mort de 500 millions d'êtres humains, même pour dans 1 million d'années, est plus impressionnante que celle de 10 personnes dans une tempête...

L'échelle de Turin

 

Devant le risque de collision des astéroïdes géocroiseurs avec la Terre, collisions heureusement très rarement dangereuses pour l'humanité mais souvent reprises par les médias lors du passage proche d'un géocroiseur, l'Union Astronomique Internationale a créé un groupe de travail afin de coordonner les observations et de déterminer les probabilités et les conséquences de telles collisions. Pour informer simplement le public, une échelle des risques a été mise en place lors d'une réunion du groupe à Turin en 1999 sous l'impulsion de R. Binzel du MIT de Boston. Cette échelle est similaire à l'échelle de Richter pour les tremblements de terre: pour chaque objet géocroiseur découvert, on peut associer un numéro sur l'échelle de Turin décrivant les risques encourus par l'humanité au cours du XXIème siècle. 



  
Evénement sans conséquences réelles 0 L'objet est trop petit pour atteindre la surface de la Terre ou bien la probabilité de collision est près de zéro.
Evénement à surveiller 1 La probabilité de collision est très faible, du même ordre que celle d'une collision avec un objet non détecté.
  2 La probabilité de collision est très faible mais pas nulle avec des dégats très limités en cas de collision.
Evénement nécessitant des précautions 3 La probabilité de collision est de l'ordre de 1% avec des dégats qui restent très localisés.
  4 La probabilité de collision est de l'ordre de 1% avec dégats importants mais localisés.
  5 Probabilité importante de destructions restant localisées.
Impact très probable et dangereux 6 La probabilité de catastrophe générale est grande.
  7 La probabilité de catastrophe générale est très grande.
  8 Collision avec destructions localisées. Probabilité: tous les 50 à 1000 ans.
Catastrophe sûre et très importante 9 Collision capable de détruire une partie de la surface terrestre. Probabilité: tous les 1000 à 100 000 ans.
  10 Collision capable de provoquer une catastrophe climatique pour toute la Terre. Probabilité: tous les 100 000 ans.

L'échelle de Turin va de 0 à 10: 0 indique un objet ayant très peu de chance de percuter la Terre ou bien étant trop petit pour atteindre le sol; 10 indique que la collision est certaine et que l'objet est suffisamment gros pour entraîner un désastre mondial. Les cinq couleurs, du blanc au rouge, ont la signification suivante: 

- blanc: "Evénement sans conséquences réelles", correspond au numéro 0; 

- vert: "Evénement à surveiller", correspond à des objets dont la trajectoire a un petit risque de rencontrer la Terre. Une surveillance de l'orbite doit être faite pour être en mesure de faire un calcul précis; 

- jaune: "Evénement nécessitant des précautions", correspond à l'approche d'un objet ayant de grandes chances de percuter la Terre dans un délai de quelques dizaines d'années. Une étude très détaillée de l'orbite est nécessaire; 

- orange: "Impact très probable et dangereux", pour lequel la probabilité est presque certaine au cours du prochain siècle. Le calcul précis d'orbite est absolument prioritaire; 

- rouge: "Catastrophe sûre et très importante", correspond à un objet dont la trajectoire va sûrement rencontrer la Terre et qui est suffisamment gros pour causer des dégâts très importants au sol, pouvant aller jusqu'à la catastrophe mondiale dans le cas du numéro 10. 

Le numéro sur l'échelle de Turin est calculé à partir de la probabilité de collision et de l'énergie cinétique de l'objet (un choc équivalent à une explosion d'une mégatonne correspond à une énergie cinétique de 4,3 x 1015 Joules) comme le montre la figure ci-après. Un objet placé sur cette échelle peut voir son numéro baisser après des études complémentaires mais pas augmenter. 

Crédit: R. Binzel, MIT
Détermination du numéro dans l'échelle de Turin : E est l'énergie cinétique en mégatonnes, t est la taille de l'objet, P est la probabilité d'impact


L'avenir: les prédictions, les observations, la protection

 

Puisque nous avons maintenant connaissance d'un nouveau risque encouru par l'humanité, nous devons le limiter au mieux. 

Première chose à faire: observer les géocroiseurs, les connaître d'une manière la plus exhautive possible et déterminer leurs orbites avec le plus de précision. Actuellement, plusieurs programmes d'observation sont en cours. Ces programmes d'observation mobilisent moins de 100 personnes dans le monde. Le programme d'observation le plus productif est le programme LINEAR du MIT Lincoln Laboratory, à l'aide de deux télescopes modestes, d'un mètre d'ouverture, au Nouveau-Mexique (USA) avec le soutien de la NASA et de l'US Air Force. Citons aussi le programme de recherche NEAT à Hawaï ainsi que le programme Spacewatch de l'université d'Arizona. Des études sur les objets géocroiseurs ont également lieu au Japon, en France, en Italie et en Chine. Outre la découverte de nouveaux objets, l'étude physique de ces objets, en particulier par écho radar, doit aussi être menée pour mieux les connaître et, un jour, s'en protéger. 

Actuellement, nous devons connaître la moitié des objets dont la taille dépasse un kilomètre. Aucun de ces objets ne va percuter la Terre dans un proche avenir et il nous faut continuer l'inventaire de tous les géocroiseurs potentiellement dangereux. Le projet Spaceguard de la NASA est d'identifier 90% des objets dont la taille dépasse un kilomètre avant 2008. La fondation Spaceguard européenne ainsi que l'Union Astronomique Internationale coordonnent les projets d'observation au niveau international. Si les géocroiseurs de plus d'un kilomètre provoqueraient une catastrophe globale à l'échelle de la Terre, les objets plus petits restent dangereux. Un impact comme celui de la Tunguska en 1908, se produisant au-dessus d'une zone habitée, serait catastrophique pour un ou plusieurs pays. Connaître tous les objets jusqu'à une taille minimale de quelques dizaines de mètres de diamètre prendra du temps. Un délai de plusieurs dizaines d'années est encore nécessaire, mais, les probabilités d'impact sont si faibles que quelques dizaines d'années représente un temps très court par rapport à ces probabilités. La prédiction des tremblements de terre est bien plus urgente pour l'humanité. 

Deuxième problème à résoudre: et si les calculs de trajectoires prévoient un impact d'un géocroiseur de plus de 100 mètres de diamètre, que pourrons-nous faire? Plusieurs possibilités s'offrent à nous selon la taille de l'objet. Dans le cas de dommages locaux prévus, les populations pourraient être déplacées, à la condition qu'il ne s'agisse pas de plusieurs millions de personnes. La probabilité de chute dans un océan est évidemment forte avec pour conséquence un raz-de-marée. Comment alors évacuer toutes les côtes qui sont, en général, les lieux les plus habités? L'autre possibilité, la seule pour les gros corps engendrant une catastrophe globale, est de tenter de détruire ou dévier l'objet avant l'impact. Les solutions préconisées dans les films de science-fiction (lancement de missiles nucléaires pour détruire l'objet) sont illusoires. La fragmentation d'un gros objet pourrait présenter autant de danger lors de la chute sur la Terre. Seule la déviation de l'orbite est envisageable: il serait alors impératif de connaître la date de l'impact plusieurs années à l'avance (c'est tout-à-fait possible de faire ces calculs de prédictions pour tous les objets connus, et pour plusieurs décennies à l'avance, la mécanique céleste le permet). Il faudrait alors déposer à la surface de l'objet un petit réacteur (moteur ionique par exemple) qui ferait subir au géocroiseur une force même très faible, mais qui, avec la durée, modifierait la trajectoire orbitale pour que l'objet passe à côté de la Terre. On pourrait aussi monter une voile solaire sur le géocroiseur, dont la force serait également suffisante. Il ne s'agit plus de science-fiction, mais de possibilités très réelles.  En 2022, la NASA a testé la possibilité de déviation de la trajectoire d'un astéroïde double avec la mission DART.

En conclusion

 

En conclusion, le danger vient aujourd'hui des objets non connus. L'expérience du passé nous montre que le risque est très faible, bien plus faible que n'importe quel autre risque d'origine terrestre. Il n'y a donc pas lieu de s'inquiéter. Nous pouvons donc inventorier tranquillement tous les objets potentiellement dangereux pour laisser à nos descendants les informations nécessaires à leur protection. 

Crédit: J.E. Arlot/IMCCE/CNRS